« Vivre l’instant présent. »
Nous entendons cette phrase partout.
Elle semble simple, presque évidente.
Et pourtant, combien de temps passons-nous réellement là où nous sommes ?
Notre corps est assis sur une chaise, mais notre esprit rejoue une conversation d’hier.
Nous marchons dans la rue en pensant à ce que nous devons faire demain.
Nous prenons notre douche en organisant mentalement notre journée.
Nous déjeunons tout en imaginant ce qui pourrait se passer lors d’un rendez-vous à venir.
Notre corps est ici. Mais nous, où sommes-nous ?
Le corps, lui, ne connaît que maintenant
Notre corps possède une particularité extraordinaire : il ne peut vivre que dans le présent.
Il respire maintenant.
Il sent maintenant.
Il entend maintenant.
Il reçoit la température de l’air, le contact du sol sous nos pieds, une tension dans le ventre, un relâchement dans les épaules, la lumière qui entre par la fenêtre.
Le corps est toujours ici.
Le mental, lui, possède cette formidable capacité de voyager dans le temps.
Et heureusement.
Grâce à lui, nous pouvons nous souvenir, apprendre de notre expérience, anticiper, organiser, imaginer et construire.
Le problème n’est donc pas de penser.
Le problème apparaît peut-être lorsque nous ne savons plus revenir.
Entre le passé et le futur
Notre mental peut retourner sans cesse dans ce qui a déjà eu lieu.
Pourquoi ai-je dit cela ?
J’aurais dû répondre autrement.
Pourquoi cette personne a-t-elle agi ainsi ?
Il peut aussi nous projeter dans un futur qui n’existe pas encore.
Et si ça se passait mal ?
Et si je n’y arrivais pas ?
Qu’est-ce qu’il va penser ?
Comment vais-je faire ?
Alors nous ne sommes plus seulement en train de prévoir.
Nous commençons à vivre intérieurement une situation qui n’existe pas.
Le scénario se déroule dans notre tête, mais le corps, lui, peut déjà se contracter.
Le ventre se noue.
La respiration se raccourcit.
Le cœur accélère.
Les épaules se tendent.
Nous souffrons parfois maintenant de quelque chose qui n’est pas en train de se produire maintenant.
Habiter l’instant ne signifie pas arrêter de penser
Être présent ne consiste pas à faire le vide dans sa tête.
Ni à empêcher le passé de revenir ou le futur d’exister.
Il s’agit plutôt de pouvoir remarquer :
« Je suis parti. »
Et de revenir.
Revenir à la respiration.
Aux pieds posés sur le sol.
Aux bruits autour de soi.
À la sensation du vêtement sur la peau.
À ce qui se passe réellement, ici et maintenant.
Non pour fuir ce que nous pensons ou ressentons, mais au contraire pour pouvoir l’accueillir depuis un endroit où nous sommes présents à nous-mêmes.
Habiter plutôt que traverser
Nous pouvons traverser une journée entière sans vraiment l’habiter.
Faire ce qu’il faut faire, répondre aux messages, travailler, conduire, préparer le repas, ranger, anticiper la journée suivante.
Et arriver au soir avec cette étrange impression que la journée a disparu.
Nous étions là.
Mais étions-nous présents ?
Habiter l’instant, c’est peut-être simplement cesser quelques secondes d’être ailleurs.
Sentir.
Regarder.
Écouter.
Respirer.
Et retrouver celui ou celle qui était resté là depuis le début : soi-même.
Revenir ici
Il n’est pas nécessaire d’attendre une séance de méditation pour revenir au présent.
Le vivant nous offre des portes d’entrée partout.
Une respiration.
Le vent sur le visage.
La chaleur d’une tasse entre les mains.
Le chant d’un oiseau.
Le contact des pieds avec le sol.
Toujours le corps.
Parce qu’il ne nous demande pas de trouver le chemin vers le présent.
Il y est déjà.
Peut-être avons-nous simplement à revenir l’habiter.
Et si vous preniez le temps de revenir habiter pleinement votre vie ?