Céline Duplenne

Pourquoi la rentrée nous met-elle autant de pression ?

Il suffit parfois d’un mot : la rentrée.

Et déjà, quelque chose change.

Les vacances touchent à leur fin. 

Les journées raccourcissent doucement. 

Les agendas recommencent à se remplir. Il faut reprendre le travail, l’école, les activités, les rendez-vous, les horaires, les trajets, l’organisation du quotidien.

Après quelques semaines durant lesquelles le temps s’était peut-être un peu assoupli, il faut à nouveau entrer dans un rythme plus strict.

Se lever à telle heure.

Être quelque part à telle heure.

Penser aux courses, aux repas, aux affaires des enfants, aux rendez-vous, aux obligations.

L’horloge reprend sa place.

Et avec elle revient parfois cette sensation difficile à définir : une légère tension, une boule au ventre, de l’agitation, de l’irritabilité, une fatigue avant même d’avoir commencé…

Comme si notre corps savait déjà ce qui l’attendait.

La rentrée ne commence pas à l’âge adulte

Car cette sensation, nous la connaissons depuis longtemps.

Pendant toute notre enfance, la rentrée a marqué une rupture.

Elle signifiait la fin des vacances, des journées plus libres, des couchers tardifs, du temps qui s’étire. Et le retour des réveils, des horaires, des règles, des devoirs et des évaluations.

Mais elle signifiait aussi retrouver une classe, découvrir parfois une nouvelle école, un nouvel enseignant, de nouveaux camarades.

Il fallait retrouver sa place.

Pour certains enfants, la rentrée était synonyme de joie et d’excitation. 

Pour d’autres, elle pouvait réveiller la peur de la séparation, la timidité, la crainte de ne pas avoir d’amis, de ne pas réussir, de ne pas être à la hauteur ou de ne pas trouver sa place.

Et année après année, septembre a ainsi pu se charger d’une empreinte émotionnelle.

Nous avons grandi.

Nous ne préparons peut-être plus notre cartable la veille de la rentrée. 

Et pourtant, certaines sensations peuvent être restées.

Parce que nous oublions parfois une chose essentielle : le corps se souvient.

Quand septembre réveille quelque chose d’ancien

La lumière qui change, l’air qui se rafraîchit, les fournitures scolaires qui envahissent les magasins, les vacances qui se terminent. 

Les routes qui se remplissent à nouveau, les agendas qui reprennent vie.

Autant de petits signaux qui nous annoncent : ça recommence.

Et notre corps peut réagir avant même que nous ayons compris pourquoi.

Cette appréhension que nous attribuons à la reprise du travail appartient-elle entièrement au présent ?

Ou vient-elle parfois toucher quelque chose de plus ancien ?

Une rentrée difficile une séparation, l’amourpeur de l’école, la pression des résultats, le sentiment de devoir être à la hauteur, la difficulté à trouver sa place parmi les autres.

Nous pouvons avoir oublié beaucoup de ces expériences.

Notre corps, lui, en a parfois gardé la trace.

« Allez, c’est reparti ! »

À cette empreinte ancienne vient aujourd’hui s’ajouter une autre pression : celle de notre société.

Car septembre n’est plus seulement le mois où nous reprenons nos activités.

Il faudrait presque repartir à neuf.

Se remettre au sport.

Mieux manger.

S’organiser.

Lancer de nouveaux projets.

Être motivé.

Être efficace.

Prendre de bonnes résolutions.

À peine revenus de vacances, nous voilà déjà invités à faire davantage.

La rentrée est devenue une sorte de deuxième 1er janvier.

Il faut repartir.

Mais avons-nous seulement pris le temps de nous demander comment nous avions envie de repartir ?

Et pendant ce temps, la nature ralentit

Il y a quelque chose d’assez étonnant à observer.

Au moment même où notre société nous demande d’accélérer, le vivant, lui, commence doucement à ralentir.

Nous approchons de l’automne.

Les jours raccourcissent, la lumière décline, les fruits arrivent à maturité. 

Bientôt les feuilles tomberont et la nature commencera son mouvement vers l’intérieur.

Elle ne se précipite pas vers un nouveau départ.

Elle change de rythme.

Peut-être avons-nous oublié que nous appartenons, nous aussi, au vivant.

Nous essayons parfois de vivre toute l’année avec la même énergie, la même disponibilité, la même capacité à produire et à avancer.

Mais nous avons, nous aussi, nos saisons.

Nos moments d’expansion et nos moments de retrait.

Nos élans et nos ralentissements.

Nos printemps et nos automnes.

Et si nous faisions notre rentrée autrement ?

Peut-être ne s’agit-il donc pas de supprimer à tout prix le stress de la rentrée.

Mais d’abord de l’écouter.

Qu’est-ce qui se passe en moi lorsque les vacances se terminent ?

Qu’est-ce que je ressens à l’idée de retrouver mon rythme habituel ?

De l’enthousiasme ?

De l’appréhension ?

De la fatigue ?

Une sensation d’enfermement ?

L’envie de changement ?

Une vieille peur qui se réveille ?

Avant de chercher immédiatement à nous organiser davantage, peut-être pouvons-nous commencer par faire un peu de place à ce qui est là.

Respirer.

Écouter.

Accueillir.

Et nous demander :

De quel rythme ai-je réellement besoin pour entrer dans cette nouvelle saison ?

Car il existe peut-être une autre manière de faire sa rentrée.

Non pas repartir brutalement comme si rien ne s’était passé.

Mais revenir doucement.

Retrouver ses repères.

Respecter le temps nécessaire à la transition.

Et, au milieu de toutes les obligations qui recommencent, essayer de ne pas perdre complètement l’espace que l’été avait peut-être rouvert en nous.

Après tout, septembre n’est pas seulement une rentrée.

C’est aussi un passage.

Et tout passage mérite que l’on prenne le temps de l’habiter.

Et vous, qu’est-ce que cette rentrée réveille en vous ?

Peut-être est-il temps de prendre un instant pour l’écouter.

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