Céline Duplenne

Pourquoi est-ce si difficile d’écouter ?

Nous entendons toute la journée des voix, des bruits, des informations, des notifications, des conversations.

Et pourtant, écouter est une tout autre chose.

Écouter demande de s’arrêter un instant, de faire de la place, de ne pas chercher immédiatement à répondre, à comprendre, à expliquer ou à résoudre.

Peut-être est-ce pour cela que c’est devenu si difficile.

Nous avons appris à « faire », beaucoup moins à être poser, à écouter.

Depuis l’enfance, nous apprenons à agir, réfléchir, décider, réussir, anticiper.

Notre attention est constamment dirigée vers l’extérieur : ce qu’il faut faire, ce que les autres attendent de nous, ce qui va arriver ensuite.

Peu à peu, nous pouvons perdre l’habitude d’écouter ce qui se passe en nous.

La fatigue est là, mais nous continuons.

Le corps se contracte, mais nous n’y prêtons pas attention.

Une émotion apparaît, mais nous cherchons rapidement à la faire disparaître.

Quelque chose ne nous convient plus, mais nous nous raisonnons.

Nous savons souvent ce que nous pensons.

Beaucoup moins ce que nous ressentons.

Écouter suppose de ne pas savoir

Il y a une autre difficulté : lorsque nous écoutons vraiment, nous ne savons pas à l’avance ce que nous allons entendre.

Or notre mental aime comprendre, prévoir, organiser.

Il préfère les réponses aux questions, les certitudes à l’inconnu.

Écouter demande exactement l’inverse : rester un instant disponible à ce qui est là, sans décider immédiatement de ce que cela signifie.

C’est accepter de laisser émerger quelque chose que nous n’avions peut-être pas prévu : une émotion, une fatigue, un désir, un refus…

Parfois même, un silence.

Écouter son corps

Notre corps parle en permanence.

Pas avec des mots, mais avec des sensations.

Une gorge qui se serre.

Un ventre qui se noue.

Une respiration qui devient courte.

Une poitrine qui s’ouvre.

Une sensation de légèreté.

Un mouvement de recul ou, au contraire, l’envie spontanée d’avancer.

Nous avons pourtant souvent pris l’habitude de demander à notre tête d’interpréter ce que notre corps vient tout juste de nous dire.

Nous ressentons quelque chose… puis nous l’expliquons.

Nous le jugeons.

Nous le minimisons.

Nous cherchons à savoir si nous avons « raison » de le ressentir.

Écouter commence peut-être simplement par laisser la sensation exister avant de vouloir lui donner un sens.

Écouter l’autre sans préparer sa réponse

La même chose se produit dans nos relations.

Lorsque quelqu’un parle, sommes-nous réellement en train de l’écouter ?

Ou sommes-nous déjà en train de préparer notre réponse ?

De comparer avec notre propre expérience ?

De chercher une solution ?

De vouloir rassurer ?

Écouter quelqu’un ne signifie pas nécessairement être d’accord avec lui.

Cela signifie lui laisser suffisamment d’espace pour que sa parole puisse exister sans être immédiatement corrigée, interprétée ou ramenée à nous.

C’est une forme de présence.

Et cette présence est devenue rare.

Écouter demande d’être présent.

On ne peut écouter ni hier ni demain.

On ne peut écouter que ce qui est là, maintenant.

Pourtant, combien de fois sommes-nous physiquement présents alors que notre attention est ailleurs ?

Quelqu’un nous parle et nous pensons déjà à ce que nous allons répondre.

Notre corps manifeste une sensation et notre esprit cherche immédiatement dans le passé ce qui pourrait l’expliquer.

Nous marchons dans la nature tandis que nos pensées sont déjà occupées par ce que nous ferons en rentrant.

Nous sommes là, sans être vraiment là.

Sans présence, il n’y a pas véritablement d’écoute.

Écouter demande de ramener notre attention vers ce qui se présente maintenant : une parole, une sensation, un souffle, un silence, le bruissement des feuilles, une émotion qui apparaît.

Non pas pour nous y accrocher, mais simplement pour être suffisamment présents pour le percevoir.

Écouter demande du silence

Il ne s’agit pas nécessairement d’un silence extérieur.

On peut être dans une forêt silencieuse avec un vacarme immense dans la tête.

Le silence dont je parle est plutôt un espace intérieur.

Un endroit où, pendant quelques instants, nous cessons de commenter ce que nous vivons.

C’est peut-être pour cela que la nature nous aide tant.

Elle ne nous demande rien.

Lorsque nous cessons un instant de vouloir comprendre, quelque chose devient perceptible.

Et si écouter était une manière d’habiter la vie ?

Finalement, écouter ne concerne pas seulement les oreilles.

Nous pouvons écouter notre corps.

Nos émotions.

Nos besoins.

Les autres.

Le silence.

La nature.

Les mouvements qui nous traversent.

Ce qui s’ouvre.

Ce qui se ferme.

Ce qui demande à naître et ce qui demande à être laissé derrière nous.

Écouter, c’est peut-être devenir disponible à la vie telle qu’elle se présente.

Non pas pour lui obéir aveuglément.

Non pas pour chercher des signes partout.

Mais pour cesser, quelques instants, de vouloir lui imposer ce que nous avions prévu.

Alors quelque chose change.

Et peut-être que l’écoute commence simplement là :

dans cet espace où nous faisons suffisamment silence pour entendre ce qui était déjà présent.

Et vous, qu’entendriez-vous si vous preniez vraiment le temps d’écouter ?

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