Je suis née en 1968, dans un monde où les femmes rêvaient de liberté, mais où l’on continuait, souvent sans le dire, à leur imposer une certaine façon d’être.
J’ai grandi avec ce double mouvement : le souffle de l’émancipation et l’empreinte des conditionnements.
Depuis, les femmes ont conquis de nombreux droits. Elles peuvent étudier, travailler, choisir leur vie, disposer de leur argent, décider de devenir mères ou non. Pourtant, derrière ces libertés bien réelles, certains héritages continuent d’agir silencieusement.
Ils influencent encore notre manière d’habiter notre corps, d’exprimer nos besoins, de prendre notre place ou de nous sentir responsables du bien-être des autres.
Ce que nous apprenons sans qu’on nous le dise
Un héritage ne se transmet pas seulement à travers les paroles ou les règles clairement énoncées.
Il se transmet aussi dans les gestes observés, les silences, les attitudes, les rôles occupés par chacun et chacune au sein de la famille.
Une petite fille peut ainsi apprendre très tôt qu’elle doit être gentille, raisonnable, serviable ou discrète. Qu’elle ne doit pas parler trop fort, déranger, se mettre en colère ou prendre trop de place.
Elle peut comprendre qu’il lui revient de préserver l’harmonie, de prendre soin des autres, d’anticiper leurs besoins ou d’éviter les conflits.
Personne ne lui a peut-être jamais dit explicitement : « Tu dois t’effacer pour être aimée. »
Pourtant, c’est parfois ce qu’elle a intégré.
En grandissant, ces apprentissages deviennent des automatismes. La petite fille devenue femme continue de s’adapter, de prendre sur elle et de faire passer les autres avant elle, sans toujours savoir pourquoi.
Elle croit agir librement, alors qu’elle obéit parfois à une règle ancienne devenue invisible.
Lorsque le collectif rencontre l’histoire intime
Ces conditionnements ne viennent pas uniquement de notre famille. Ils appartiennent aussi à une histoire collective au sein de laquelle les femmes ont longtemps été définies par leur rôle auprès des autres : fille, épouse, mère, maîtresse de maison, aidante…
Le patriarcat ne désigne pas simplement le comportement de certains hommes. Il désigne un système ancien qui a attribué des places, des droits et des rôles différents selon le sexe.
Ses traces peuvent rester présentes dans nos façons de penser, y compris lorsque nous désirons profondément vivre autrement.
Ces héritages collectifs rencontrent ensuite chaque histoire personnelle.
Dans une famille, une femme aura appris à ne jamais se plaindre. Dans une autre, à veiller sur tout le monde. Ailleurs, elle aura compris que sa valeur dépendait de son apparence, de sa capacité à être aimée, à réussir ou à ne poser aucun problème.
Les mères ont souvent transmis à leurs filles ce qu’elles avaient elles-mêmes appris, non par volonté de les enfermer, mais parce qu’elles ne disposaient pas toujours d’un autre modèle.
Il ne s’agit donc pas de chercher une coupable.
Il s’agit de comprendre dans quelle terre nous avons été enracinées et ce que cette terre nous a appris à devenir.
Des traces dans la vie quotidienne
Ces héritages invisibles ne restent pas enfermés dans le passé. Ils se manifestent dans des situations très ordinaires.
Ils peuvent apparaître lorsqu’une femme :
- culpabilise dès qu’elle pense à elle ;
- éprouve des difficultés à dire non ou à poser une limite ;
- se sent responsable des émotions et du bonheur de ses proches ;
- minimise sa fatigue, sa souffrance ou ses besoins ;
- redoute de décevoir lorsqu’elle fait un choix pour elle-même ;
- retient sa colère jusqu’à ce qu’elle se transforme en épuisement, en tristesse ou en tensions corporelles ;
- s’excuse avant même d’avoir parlé ;
- supporte trop longtemps une situation qui ne lui convient plus ;
- cherche l’approbation extérieure avant de faire confiance à ce qu’elle ressent ;
- ne sait plus très bien ce qu’elle désire tant elle s’est habituée à s’adapter.
Ces réactions ne sont ni une faiblesse ni un manque de volonté.
Elles ont souvent été des manières de préserver le lien, d’éviter le rejet, de se sentir utile ou de conserver une forme de sécurité.
Ce qui a été une stratégie de protection peut cependant devenir, avec le temps, une prison.
Quand le corps porte ce qui n’a pas pu être dit
Le corps garde souvent la trace de ces adaptations.
La gorge se serre lorsqu’il faudrait parler. Le ventre se noue au moment de dire non. La poitrine se contracte lorsque l’on craint de décevoir. Les épaules portent une charge devenue trop lourde.
Certaines femmes ne sentent plus leur fatigue avant d’être complètement épuisées. D’autres perçoivent très bien les besoins de leur entourage, mais ne savent plus reconnaître les leurs.
Le corps n’est pas alors un adversaire qui dysfonctionne. Il tente parfois de montrer ce qui n’a pas encore pu être entendu.
Revenir à ses sensations permet peu à peu de quitter les seules injonctions du mental :
« Je dois être forte. »
« Je ne peux pas lui faire ça. »
« Ce n’est pas si grave. »
« Je dois encore tenir. »
Et si, derrière tous ces « je dois », une autre voix cherchait à se faire entendre ?
Éclairer pour retrouver le choix
Prendre conscience de ces héritages ne signifie pas rejeter toute son histoire ni entrer en lutte permanente contre elle.
Cela permet de créer un espace entre ce que l’on a appris et ce que l’on souhaite réellement vivre.
Est-ce véritablement mon choix ou ai-je peur de déplaire ?
Est-ce ma responsabilité ou suis-je en train de porter ce qui appartient à quelqu’un d’autre ?
Est-ce que je veux dire oui ou est-ce que je n’ose pas dire non ?
Est-ce ma voix que j’entends ou celle d’une règle ancienne ?
Ce questionnement ne vise pas à remplacer une injonction par une autre. Il ne s’agit pas de devoir devenir plus forte, plus indépendante ou plus affirmée.
Il s’agit de retrouver la possibilité de choisir.
Choisir de prendre soin des autres sans s’abandonner.
Choisir de donner sans se vider.
Choisir d’aimer sans disparaître dans le monde de l’autre.
Choisir ses limites, sa place et sa manière d’être une femme.
Retrouver son propre regard
Le travail thérapeutique permet de mettre en lumière ces mécanismes, de comprendre ce qu’ils ont longtemps protégé et d’écouter ce qui cherche aujourd’hui à vivre autrement.
Ce chemin passe par la parole, mais aussi par le corps, les émotions et les sensations. Il aide à distinguer ce qui nous appartient profondément de ce que nous avons appris à porter pour être aimée, acceptée ou reconnue.
Il ne s’agit pas de rejeter son histoire ni de devenir quelqu’un d’autre.
Il s’agit de retrouver sa voix, de prendre sa place et de ne plus s’abandonner pour préserver le lien avec les autres.
Si vous vous reconnaissez dans ces fonctionnements et ressentez le besoin de vous libérer de certains héritages, je peux vous accompagner dans ce chemin de reconnexion à vous-même.
Les consultations peuvent avoir lieu dans mon cabinet à Soisy-sur-Seine ou à distance, en visioconférence.